Intervention à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe

Geneviève Gosselin-Fleury, est intervenue ce mercredi 26 avril à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe lors du débat d’actualité sur les valeurs européennes en danger face à la montée de la xénophobie, de l’antisémitisme et de l’islamophobie en Europe.

Dans son discours, la députée rappelle que le racisme nous concerne tous et que la remise en cause de nos valeurs représente un danger pour chacun d’entre nous.

Elle fait également part de ses inquiétudes face à la montée des extrêmes droites xénophobes en Europe et insiste sur le fait que « Remettre en cause nos valeurs c’est tergiverser et soutenir l’idée qu’une présidente extrémiste ou un démocrate c’est pareil. Ceux-là semblent oublier que sous couvert d’une soi-disant « priorité nationale », il ne s’agit que d’exclure et de discriminer ceux qui ne feraient pas, et peut-être bientôt plus, partie de la Nation ».

Voici le texte de son intervention :

« On est toujours l’étranger de quelqu’un. Apprendre à vivre ensemble c’est cela lutter contre le racisme ». Tahar Ben Jelloun, en écrivant ces mots, ne pensait surement pas combien ceux-ci résonneraient aujourd’hui dans notre Europe. Ils rappellent que le racisme nous concerne tous et que la remise en cause de nos valeurs ces dernières années représente un danger pour chaque citoyen, quelle que soit son origine ou sa religion.

Remettre en cause nos valeurs, c’est monter des murs et prôner des lois anti-migrants quand le désespoir et la guerre poussent des civils vers l’Europe qu’ils considéraient comme le havre de paix et de liberté. Rejeter l’étranger, c’est oublier que ce qui nous distingue des autres continents, ce sont nos valeurs , reflet d’une volonté : « plus jamais ça », plus jamais de déferlement de haine.

Comment alors ne pas craindre le pire face à la montée des extrêmes droites xénophobes dans toute l’Europe, à commencer par la France. Remettre en cause nos valeurs c’est tergiverser et soutenir l’idée qu’une présidente extrémiste ou un démocrate c’est pareil. Ceux-là semblent oublier que sous couvert d’une soi-disant « priorité nationale », il ne s’agit que d’exclure et de discriminer ceux qui ne feraient pas, et peut-être bientôt plus, partie de la Nation. L’Histoire a montré qu’une nationalité ne protège pas de la haine. Ainsi ces juifs citoyens français, anciens combattants, décorés de Verdun, qui furent déchus de tous leurs droits et déportés, après les juifs « étrangers ».

L’Europe s’est nourrie de métissages. Le terrorisme et la crise économique ne sauraient servir de prétexte à un rejet des populations musulmanes pas plus que le conflit israélo-palestinien ne servirait de prétexte pour agresser des personnes juives. Nous devons nous ressaisir et agir pour que la xénophobie, le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie et ne gagnent la bataille des idées, pour que les lumières ne s’éteignent plus jamais en Europe.

Pour cela, je crois que nous devons être capables en premier lieu de transmettre dans nos écoles nos valeurs démocratiques.

Mais cela ne suffira pas. Les idées extrêmes prospèrent comme l’a justement souligné le spécialiste Jean-Yves Camus « lorsque trois crises se déroulent simultanément :

 – une crise de la représentativité, c’est-à-dire du fonctionnement de nos institutions,

– une crise de la redistribution c’est-à-dire une remise en question du caractère équitable de l’impôt, et

– une crise de l’identité ».

Pour défendre la démocratie sur notre continent nous devrons agir sur ces trois phénomènes. C’est un défi immense pour nous politiques, et une obligation pour l’Europe : ne plus laisser ses membres s’égarer dans des politiques liberticides sans réagir.

Parliamentary Assembly Session, April 2017Session de l'Assemblée parlementaire, avril 2017

Délégation française de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe